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Mon parcours PDIA : « Faible participation des citoyens à la planification et à l’élaboration du budget, ce qui limite la redevabilité à l’égard des résultats »

5 mai 2020

Diana Mbabazi : Fonctionnaire chargée de la gestion du budget et de la préparation des rapports Ministère des Finances et de la Planification économique

L’équipe UMURAVA est composée de six fonctionnaires du ministère rwandais des Finances et de la Planification économique. En tant qu’équipe, nous avons suivi le programme de 8 mois « Renforcer les compétences en finances publiques » qui est géré par CABRI. Le programme repose sur la pratique de l’approche d’adaptation itérative pour la résolution de problèmes (PDIA) axée sur le renforcement des compétences en finances publiques. Ce blog raconte notre parcours.

Tout d’abord, notre équipe a commencé son parcours PDIA par l’identification d’un problème. Au début, nous avons dû relever le défi de choisir un problème de gestion des finances publiques (GFP) approprié et suffisamment urgent, puis nous avons réalisé que le gouvernement avait déjà mis en place des initiatives et des instruments juridiques pour s’attaquer au problème que nos deux premières propositions produites souhaitaient résoudre. Finalement, l’équipe a choisi de régler le problème suivant : « Faible participation des citoyens à la planification et à l’élaboration du budget, ce qui limite la redevabilité à l’égard des résultats ».

POURQUOI EST-IL IMPORTANT ?

  • Ce problème est important parce que sans une connaissance préalable de la planification et de la budgétisation, le rôle des citoyens en matière de responsabilisation à l'égard des résultats escomptés est limité.
  • Les citoyens ne sont pas au courant des opportunités offertes dans le budget approuvé, telles que la création de nouveaux emplois, les éventuelles réductions d'impôts, les appels d'offres et ainsi de suite, car ils n'ont pas les connaissances nécessaires pour analyser les documents budgétaires.
  • Le gouvernement est tenu de faire des efforts supplémentaires, après le processus de planification et de budgétisation, pour promouvoir de nouvelles politiques qui auraient pu être diffusées à l’avance.

Lors du choix de ce problème, l’équipe a examiné les résultats produits par la publication annuelle Citizen Report Card (CRC) de l’Office rwandais de la gouvernance (RGB), destinée à établir les niveaux de satisfaction de la communauté à l’égard des services rendus, mais plus particulièrement, dans le but de donner aux agences publiques et aux décideurs, la rétroaction des usagers sur la qualité et l’adéquation des services publics fournis au niveau local. Selon la publication CRC, le niveau de participation à la planification et à la budgétisation reste inférieur au niveau souhaité et ce, malgré quelques améliorations notables.

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Tableau indiquant la participation citoyenne à la planification et à la l’élaboration du budget des districts

Le diagramme en arêtes de poisson à la Figure 1 présente la complexité de notre problème en cartographiant ses causes profondes.

Au-delà de l’identification d’un problème, l’approche PDIA requiert la construction d’un récit autour du problème (mettant en évidence son ampleur et son impact) et la déconstruction du problème pour éclairer ses causes profondes. Ce faisant, l’équipe a acquis des connaissances importantes pour résoudre le problème identifié, qui ont aussi été renforcées par des délibérations de groupes, mais aussi par l’implication des diverses parties prenantes compétentes. Sont énumérées ci-dessous, quelques-unes des parties prenantes avec lesquelles nous avons travaillé sur différentes activités.

1. UNICEF (Fonds international de secours à l’enfance des Nations unies) Rwanda

  • Pour l’instant, l’équipe a impliqué UNICEF Rwanda pour collaborer à l’amélioration de la participation des citoyens à la planification et à la budgétisation.
  • UNICEF Rwanda a accepté de financer la préparation, la production et la diffusion de livrets « Guide du citoyen » plus faciles à utiliser pour les districts, et, 10 districts ont été identifiés comme pilotes à ce jour.
  • En partenariat avec l’UNICEF Rwanda, MINECOFIN a préparé un guide du citoyen ordinaire sur le budget national qui sera diffusé pour la première fois dans les écoles et les universités. Trois écoles d’enseignement secondaire et trois universités ont été identifiées dans la première phase.

2. Départements de la Planification nationale et du Budget (MINECOFIN)

  • Les départements nationaux de la planification et du budget ont convenu de commencer à donner des conférences publiques dans les écoles et les universités afin d’améliorer la connaissance budgétaire et d’offrir une plateforme pour que les jeunes s’impliquent dans la planification nationale et la budgétisation.

3. CLADHO (Collectif des ligues et associations de défense des droits de l’homme au Rwanda)

  • L’équipe a engagé CLADHO, une organisation faîtière de défense des droits de l’homme bien établie au Rwanda, active dans le domaine de la promotion des droits de l’homme, de la gouvernance économique, du droit à la protection sociale, du droit à l’éducation et à la participation citoyenne.
  • CLADHO s’associera au MINECOFIN pour établir des dialogues avec les citoyens ; en particulier, lors de la distribution des Guides du citoyen afin de mettre l’accent sur le rôle et les responsabilités du citoyen dans la planification nationale et la budgétisation.

4. LODA

  • L’Agence de développement des entités administratives locales, un fonds public sous la supervision du ministère de l’Administration locale (MINALOC) se concentre sur le développement économique et communautaire local, la protection sociale et le renforcement des capacités des entités administratives locales, dans le cadre de sa mission.
  • LODA a été impliquée pour aider à faire participer les citoyens au cours du processus de planification et de budgétisation, en particulier à la sélection des projets de développement que les districts mettront en œuvre, ainsi que pour fournir une plateforme de rétroaction sur le processus de sélection, du niveau de village au niveau de district.
Diana Fishbone Fr

Diagramme en arêtes de poisson révisé

Grâce à un processus axé sur de petites itérations et sur de vastes consultations, l’équipe a coproduit et mis en œuvre des mesures significatives. L’équipe a exploité et renforcé les plateformes et les outils existants. En outre, elle a collaboré avec les parties prenantes compétentes pour mener à bien différentes initiatives et étoffer la résolution de son problème.

  • La diffusion des Guides du citoyen (cette action a été réalisée au cours des mois précédents).
  • L’implication de différents planificateurs de toutes les institutions sur la première circulaire d’appel à la planification et à la budgétisation (CAPB).
  • Les circulaires d’appel à la planification et à la budgétisation (les circulaires à la fois de l’administration centrale et de l’administration locale).
  • L’engagement des étudiants concernant le budget.
  • Des réunions consultatives citoyennes, y compris l’utilisation, entre autres, des TIC et des plateformes de médias sociaux.

Les progrès enregistrés à l’égard de la résolution de notre problème ont rendu l’expérience utile, mais ce qui s’avérer peut-être encore plus important, c’est l’apprentissage que nous en avons retiré. L’un des premiers enseignements tirés par l’équipe est la nécessité de construire un problème d’une manière qui ne favorise pas déjà une solution préconçue. La détermination des causes d’un problème conduira à de multiples solutions qui semblent souvent très différentes des hypothèses initiales qui avaient été faites.

Un autre point clé que notre groupe retiendra est l’importance d’un processus de réflexion visant à nous aider à examiner les échecs, les défis et les commentaires, pour nous permettre de croître et de construire (ou lorsque cela s’avère nécessaire, de déconstruire de partout). Cette méthodologie nous a appris à mieux écouter, à se plonger dans une situation avec un esprit ouvert au lieu d’y arriver avec la volonté d’imposer des pratiques extérieures. Ces réflexions et adaptations au contexte local nous permettent de rester pertinents à la fois pour le problème que nous essayons de résoudre et envers nos bénéficiaires.

De surcroît, notre parcours de huit mois nous a également rappelé l’importance de la collaboration et de la coordination avec un large éventail de parties prenantes. Nous comprenons maintenant que reconnaître de multiples perspectives, incitations et même intérêts, est vraiment utile pour définir des problèmes et formuler des solutions. Le partage d’un objectif commun au début du travail a instauré un sentiment d’appartenance et de motivation chez tous les membres de l’équipe, même au cours des périodes difficiles et lorsque le problème devenait plus complexe.

D’une manière globale, le Programme « Renforcer les compétences en GFP » nous a permis d’apprécier le fait que la compétence est développée par le biais de « la pratique » et qu’elle peut être mise à plus grande échelle, en partageant l’apprentissage avec des collègues, à l’intérieur, voire en dehors de son organisation. Plutôt que d’embaucher des consultants ou des assistants techniques pour résoudre les problèmes de GFP de différents pays, CABRI a diffusé une approche qui implique le soutien des équipes locales de pays, ce qui encourage l’appropriation et la durabilité des réformes de GFP. Par ailleurs, cette approche fait ressortir le fait qu’une seule personne ne peut pas être responsable d’un changement ; le changement et la réforme se produisent par le biais d’efforts multi-agents. D’où la nécessité de constituer des équipes efficaces de personnes compétentes.

En outre, l’approche PDIA a permis à l’équipe de ne pas craindre les essais et les erreurs. Elle nous a permis d’apprendre et d’itérer autant de fois que nécessaire lorsque nous œuvrions à relever les défis aussi bien techniques que non techniques.

Cette expérience nous a donné une histoire à raconter au cours de notre avancement professionnel, l’histoire de six personnes de six disciplines différentes, ayant une expertise variée, mais travaillant ensemble pour résoudre un problème – ce fut un périple incroyable de renforcement d’équipe dans lequel nous avons été en mesure de mettre en commun des idées au service de la résolution d’un problème complexe.

Malgré la fin du programme « Renforcer les compétences en GFP », nous n’entendons pas en rester là. L’équipe continuera à itérer jusqu’à ce que nous arrivions à une solution appropriée et durable à notre problème.

Nous continuerons aussi à utiliser l’approche PDIA dans notre travail et nous nous emploierons également à améliorer nos relations avec les parties prenantes et les autorisants. Nous poursuivrons le processus de réflexion et l’élaboration de plans d’actions réalisables. Nous sommes reconnaissants de cette occasion qui nous est donnée d’apprendre, et d’être exposés à une autre façon d’aborder les problèmes.

Diana

Diana Mbabazi : Fonctionnaire chargée de la gestion du budget et de la préparation des rapports Ministère des Finances et de la Planification économique

À l’avenir, l’équipe concentrera ses efforts sur les actions suivantes :

  • Améliorer les outils actuels et en développer de nouveaux
  • Diffuser à plus grande échelle le Guide du citoyen sur le budget spécifique aux districts, passant des 10 districts pilotes à tous les districts.
  • Développer un guide plus concis et convivial pour l’exercice 2020/2021.
  • Simplifier le Guide du citoyen.
  • Collaborer avec LODA et MINALOC pour finaliser le plein fonctionnement de l’outil de planification participative dans le SIG qui vise à harmoniser les outils actuels de participation des citoyens.
  • Impliquer les partenaires dans le développement et la mise à plus grande échelle d’outils novateurs de sensibilisation, notamment une simplification supplémentaire des Guides du citoyen et la préparation de dépliants.
  • Attribuer à un membre du personnel le rôle de traiter les correspondances du portail du budget ouvert.
  • Identifier des déviants positifs par l’intermédiaire de la publication CRC et proposer de les reproduire.
  • Recommander l’ajout du menu de rétroaction sur le portail du budget ouvert qui fait actuellement l’objet d’un appel d’offres.

Élargir la sensibilisation :

  • Diffuser le Guide du citoyen et donner une conférence publique dans les trois universités identifiées.
  • Mener des campagnes de sensibilisation sur le budget dans un plus grand nombre d’écoles d’enseignement secondaire et d’universités, ce qui a été fait.
  • Augmenter le nombre d’écoles et d’universités pour la campagne de sensibilisation en 2020/21.
  • Élaborer un plan de participation des médias.
  • Tenir des campagnes de sensibilisation avec les dirigeants de district pour diffuser les livrets et expliquer aux citoyens le rôle qu’ils devraient jouer dans le processus.

Renforcer les compétences :

  • Mener une formation sur l’approche PDIA destinée au MINECOFIN et à d’autres partenaires.
  • Mener une formation sur le processus budgétaire à l’intention de tous les secrétaires exécutifs de district.

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