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Engagement pays de CABRI - La Sierra Leone à la croisée des chemins macro-budgétaires : dette, inflation et contraction du crédit

14 octobre 2026
Sierra Leone Blog

La Sierra Leone est confrontée à des défis macroéconomiques interdépendants, notamment une lourde charge du service de la dette, un marché intérieur de la dette largement concentré entre les mains des banques commerciales, des pressions inflationnistes persistantes, une vulnérabilité aux fluctuations du taux de change ainsi qu’un accès limité du secteur privé au crédit.

CABRI s’est entretenue avec le Dr Joseph Alimamy Thullah, Directeur adjoint de la Division de la gestion de la dette publique au ministère des Finances de la Sierra Leone, ainsi qu’avec le Dr Sangarapillai Sangarabalan, expert en gestion de la dette publique, afin d’examiner les facteurs sous-jacents à ces défis et les mesures de politique publique mises en œuvre pour y faire face.

 

Stabilisation macroéconomique et gestion de la dette publique

La Sierra Leone a réalisé des progrès notables dans le rétablissement de la stabilité macroéconomique à la suite de l’un des épisodes inflationnistes les plus sévères de son histoire récente. L’inflation globale, qui avait dépassé 52 % en 2023 sous l’effet des chocs économiques mondiaux et d’une expansion rapide de la liquidité intérieure, est retombée à environ 15,7 % en août 2026. En réponse à cette situation, la Banque de Sierra Leone (BSL) a mis en œuvre un cycle de resserrement monétaire vigoureux, en relevant le taux directeur et en maintenant une orientation restrictive de la politique monétaire afin d’ancrer les anticipations d’inflation et de rétablir la confiance. Malgré le recul marqué de l’inflation, le taux directeur demeure élevé, à 17,25 %.

L’environnement actuel des taux d’intérêt présente à la fois des opportunités et des défis pour les finances publiques. Les rendements des bons du Trésor à 364 jours ont considérablement diminué, passant d’un pic d’environ 41,3 % à près de 15 %, ce qui a réduit le coût du financement à court terme de l’État. Fait notable, le bon du Trésor à 364 jours est devenu l’instrument privilégié des investisseurs et se négocie actuellement à des rendements inférieurs à ceux du bon du Trésor à 91 jours.

Toutefois, la dette intérieure demeure fortement concentrée dans le secteur bancaire, les banques commerciales détenant plus de 56 % de l’encours des titres publics intérieurs. Si cette concentration a permis à l’État de disposer d’une source de financement fiable, elle a également renforcé l’interdépendance entre l’État souverain et le système bancaire. La prédominance des titres publics dans les portefeuilles bancaires contribue à un effet d’éviction, les banques orientant leurs ressources vers la détention de titres de la dette souveraine plutôt que vers le financement du secteur privé. Cette situation limite l’accès au crédit des secteurs productifs de l’économie, freinant ainsi l’investissement, la création d’emplois et la diversification économique.

Bien que la baisse des rendements ait contribué à réduire le coût des emprunts, le poids de la dette intérieure continue d’exercer une pression considérable sur le budget. En 2026, le montant total du service de la dette devrait atteindre 8,6 milliards de SLL, soit l’équivalent de 4,6 % du PIB, dont 6,4 milliards de SLL au titre des intérêts sur la dette intérieure. Par conséquent, le service de la dette absorbe une part importante des ressources budgétaires, ce qui limite la capacité de l’État à accroître les dépenses consacrées à des secteurs essentiels tels que l’éducation, la santé et les infrastructures. 

La dette extérieure demeure une autre source importante de vulnérabilité. Le FMI estime que la Sierra Leone dispose d’une faible capacité d’endettement, tandis que les obligations au titre du service de la dette continuent d’absorber une part importante des recettes publiques. La dette publique extérieure, estimée entre 1,8 milliard et 2,3 milliards de dollars US, est principalement contractée auprès d’institutions multilatérales à des conditions concessionnelles. Toutefois, ces engagements sont fortement exposés au risque de change. Une dépréciation du Leone entraînerait une hausse significative du coût du service de la dette libellé en monnaie nationale. Ce risque est accentué par le niveau limité des réserves de change, qui ne représentent que 1,5 à 1,8 mois de couverture des importations, ce qui rend l’économie vulnérable aux chocs extérieurs et aux pressions sur le taux de change.

Priorités en matière de réforme pour le développement du marché de la dette intérieure

Dans ce contexte, ramener l’inflation à un niveau à un chiffre, préserver la stabilité macroéconomique, accélérer la croissance économique et renforcer la mobilisation de l’épargne intérieure demeurent des priorités essentielles pour développer un marché de la dette intérieure viable. 

Une inflation plus faible et plus stable contribuerait à ancrer les anticipations des investisseurs, à réduire les primes de risque et à faire baisser les rendements des titres publics.  Parallèlement, une croissance économique plus soutenue permettrait d’accroître les ressources disponibles pour investir dans les titres publics. La poursuite de l’assainissement budgétaire, notamment en maintenant le déficit budgétaire en dessous de 3 % du PIB, contribuerait à réduire davantage les besoins d’emprunt de l’État et à atténuer les pressions exercées sur les marchés de la dette intérieure. Collectivement, ces mesures permettraient de créer un environnement propice à l’approfondissement des marchés de capitaux intérieurs, au renforcement de la confiance des investisseurs et à la réduction progressive du coût des emprunts de l’État.

À mesure que les conditions macroéconomiques continuent de s’améliorer et que la confiance des investisseurs se renforce, la demande de titres publics à plus long terme devrait progresser. Cette évolution permettrait à l’État d’allonger progressivement la maturité de sa dette intérieure, de réduire sa dépendance à l’égard des bons du Trésor à court terme, de limiter les risques de refinancement et de reconduction de la dette et de rendre les coûts de financement plus prévisibles. La transition vers des instruments de dette à plus long terme et le développement du marché intérieur des obligations constituent donc des éléments essentiels du programme de réformes. En réduisant le recours aux emprunts à court terme, les autorités cherchent à lisser le profil du service de la dette, à renforcer la résilience budgétaire et à mettre en place un cadre plus durable pour la gestion de la dette intérieure.

Un autre objectif essentiel consiste à élargir la base d’investisseurs et à renforcer la concurrence sur le marché des titres publics. L’élargissement de la participation au-delà des banques commerciales, afin d’inclure les fonds de pension, les compagnies d’assurance, les organismes de placement collectif et les autres établissements financiers non bancaires, contribuerait à approfondir le marché intérieur des capitaux, à améliorer la formation des prix et à réduire les risques liés à la concentration. Toutefois, l’élargissement de la base des participants au marché doit s’accompagner d’un dispositif de surveillance réglementaire robuste, afin de veiller à la solidité financière des investisseurs et au respect des exigences prudentielles et des règles de conduite applicables sur les marchés. 

En outre, les réformes devraient viser à renforcer l’infrastructure du marché et à améliorer l’efficacité opérationnelle. Il s’agit notamment d’améliorer les systèmes d’adjudication, de moderniser les processus d’enregistrement et de règlement des titres, ainsi que de renforcer les dispositifs de négociation sur le marché secondaire. Une plus grande efficacité, davantage de transparence et une meilleure fiabilité contribueraient à renforcer la confiance des investisseurs, à favoriser une gestion plus efficace de la dette et à réduire progressivement le coût des emprunts. 

Enfin, le portefeuille de la dette extérieure de la Sierra Leone demeure fortement concentré sur les financements concessionnels accordés par les institutions multilatérales, notamment la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. Compte tenu des contraintes qui pèsent sur la situation budgétaire du pays, continuer à privilégier les financements concessionnels demeure une stratégie d’emprunt prudente, car ces prêts offrent des maturités longues, des périodes de grâce prolongées et des taux d’intérêt relativement faibles. 

Toutefois, les avantages du financement concessionnel dépendent de l’utilisation productive des ressources empruntées. Les emprunts extérieurs devraient être affectés à des projets économiquement viables, mis en œuvre de manière efficace et générant des retombées économiques et sociales mesurables. Le principal risque associé à la dette concessionnelle est la dépréciation du taux de change, qui peut entraîner une hausse significative du coût, en monnaie nationale, du service des obligations libellées en devises étrangères. 

Il est donc essentiel de préserver la stabilité macroéconomique, de maintenir des réserves de change suffisantes et de renforcer la gestion des investissements publics afin de garantir que les emprunts extérieurs contribuent aux objectifs de développement à long terme sans compromettre la viabilité des finances publiques et de la dette. 

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