La transparence budgétaire ne se limite pas à rendre les documents accessibles au public. Elle consiste également à faire en sorte que les informations budgétaires puissent être consultées, comprises, analysées et utilisées pour améliorer la prise de décision. Grâce à sa plateforme Budgets en Afrique (BeA), CABRI a consacré plusieurs années à constituer l’un des répertoires d’informations budgétaires les plus complets du continent, regroupant plus de 3 000 documents budgétaires.
Il restait toutefois un défi majeur à relever. Bien que les documents budgétaires aient été disponibles, l’extraction d’informations pertinentes à partir de milliers de pages de données fiscales complexes exigeait un investissement considérable en temps ainsi que des compétences techniques spécialisées. Par ailleurs, les écarts persistants entre les budgets approuvés et les dépenses réelles effectuées continuaient de peser sur les investissements publics, la mise en œuvre des projets et la prestation des services dans de nombreux pays. Le manque d’analyse approfondie des causes des écarts budgétaires a encore entravé les efforts visant à améliorer la performance budgétaire.
Conscient de ces défis, CABRI s’est donné pour objectif de faire évoluer la plateforme Budgets en Afrique d’un simple répertoire de documents budgétaires vers une véritable plateforme de production de données probantes et d’apprentissage entre pairs. En intégrant des outils d’extraction, d’analyse et de visualisation des données assistés par l’IA, CABRI a commencé à exploiter pleinement le potentiel des informations budgétaires, permettant ainsi aux parties prenantes de mieux comprendre les politiques budgétaires et les nouvelles tendances dans les pays africains.
Dans le cadre d’un projet pilote, CABRI a extrait et analysé des informations issues de 397 documents budgétaires gouvernementaux représentant plus de 50 000 pages, couvrant cinq pays africains : l’Afrique du Sud, le Ghana, le Kenya, Madagascar et la Centrafrique. Ces documents, disponibles en anglais et en français, ont été traités à l’aide d’outils d’extraction assistés par l’IA permettant de recueillir les principaux indicateurs budgétaires et de les convertir en un ensemble de données structuré et prêt à être analysé. Le processus d’extraction a permis de générer 367 points de données structurés, accompagnés de références aux sources et d’indicateurs de fiabilité, permettant d’atteindre une couverture de 87 % des indicateurs ciblés. Parallèlement, l’automatisation du processus a réduit de plus de 95 % les charges du traitement manuel tout en garantissant une traçabilité totale grâce à l’attribution systématique des sources au niveau des pages pour chaque donnée extraite.
Cette innovation a marqué une étape importante dans l’évolution de la plateforme Budgets en Afrique (BeA) de CABRI, qui est passée d’un simple répertoire de connaissances à une véritable plateforme de production de données probantes. Cela a permis de constituer des ensembles de données structurés destinés à l’analyse de l’allocation et de l’utilisation des ressources publiques, de produire des informations stratégiques sur les tendances en matière de dépenses, les priorités budgétaires et les modes d’exécution budgétaire dans différents pays, ainsi que de favoriser l’apprentissage comparatif et une compréhension plus approfondie des défis liés à la gouvernance des finances publiques. Cette solution supprime le principal obstacle que constitue l’extraction manuelle des données, tout en préservant le niveau de rigueur méthodologique et de transparence indispensable aux analyses de politiques publiques et aux travaux de recherche.
Ce projet pilote a également permis de tirer des enseignements importants. La précision de l’extraction variait selon les langues, et les documents rédigés en anglais affichent de meilleurs résultats que certains documents budgétaires francophones. Des lacunes ont également été constatées au niveau des données, notamment en ce qui concerne les informations relatives aux dépenses réelles effectuées ainsi que les différences dans la définition et la présentation de secteurs tels que l’agriculture d’un pays à l’autre. Dans certains cas, les dépenses consacrées à l’agriculture englobaient également la sylviculture et la pêche, tandis que dans d’autres, elles se limitaient au budget du ministère de l’Agriculture. Ces disparités ont mis en évidence l’importance d’harmoniser les définitions et de collaborer étroitement avec les pays afin d’améliorer la comparabilité des données. Ces enseignements contribuent aujourd’hui à orienter la prochaine phase de l’initiative. CABRI renforce ses processus d’assurance qualité, affine ses méthodes d’extraction, valide les ensembles de données avec les pays concernés et améliore ses approches pour traiter les incohérences entre les différentes sources de données.
Ces travaux démontrent comment les technologies émergentes peuvent transformer de grands volumes d’informations budgétaires complexes en données probantes utiles à la prise de décision. Les gouvernements peuvent s’appuyer sur ces informations pour comparer leurs pratiques en matière de dépenses à celles d’autres pays et s’inspirer des bonnes pratiques afin de renforcer les réformes de la gestion des finances publiques (GFP) et d’améliorer les performances budgétaires. Les chercheurs et les partenaires au développement peuvent, quant à eux, mener des analyses plus approfondies. Les organisations de la société civile et les citoyens peuvent ainsi mieux comprendre comment les ressources publiques sont allouées et dépensées, et plaider en faveur d’une utilisation plus efficace et plus responsable des fonds publics.
En transformant des milliers de pages de documents budgétaires en données probantes exploitables, CABRI contribue à combler le fossé entre la transparence budgétaire et l’amélioration des résultats budgétaires en Afrique. Ce faisant, il favorise une prestation plus efficace et plus efficiente des services publics, renforce l’exécution des budgets et encourage une plus grande redevabilité dans la gestion des finances publiques.
Pour découvrir les analyses issues de la plateforme BeA, cliquez ici pour consulter la série de notes d’information de CABRI consacrée aux Budgets en Afrique. À noter que ces rapports sont disponibles en anglais uniquement.
